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Magazine/Tyran’t — le Dernier des Nègres
Éditorial·5 mai 2026·8 min de lecture·medium

Tyran’t — le Dernier des Nègres

Un Artiste qui Détonne !

Tyran’t — le Dernier des Nègres

La Guadeloupe m’imprègne…

Interview par Mike Ponin

TYRAN’T — Nèg Atoupri

Nèg Atoupri…raconte-toi

“Wopso.. An sé Tyran’t Nèg Atoupri, Dènyé a lé Nèg, Woy.”

C’est ainsi que je commence d’ailleurs le premier titre: 01 Dènyé a lé Nèg, de mon album : Le dernier des Nègres.

En effet je suis artiste chanteur. Mais l’art en général m’excite les neurones fort..

Et quand je dis art, je souhaite qu’on comprenne : vivre, dans son expression spirituelle la plus archaïque, et réussir à voir la beauté, la poésie dans la création, pour ensuite en témoigner dans nos œuvres : actes, mots, intentions du quotidien, c’est de l’art.

Née aux Abymes en 1982. J’ai été élevé je pense à l’ancienne. Pas de téléphone, pas de télévision, jouer avec les cousins et les oncles avec qui ont avais pas un grand décalage d’âge, chez papi et mamie, à la campagne, toute la journée dans les arbres, manger des goyaves, des prunes, des pommes malaka, goûter à 16h des sots de mangues, envoyer des pierres dans les nids de guêpes et détaler, les courses de vélos, fabriquer son Jèspom et partir à la chasse à rien du tout, mais l’idée était là.

Plus tard, avoir un jardin, attacher les cabris matin et soir, élever des cochons..etc…

Je suis née à une époque où les choses étaient en train de bouger et vite. J’étais jeune quand le Francs s’est fait euros, internet c’était en 56k avec le bruit de connexion, la télévision c’était de gros écrans cathodique…

Le dessin me passionnait à une époque et c’est encore là, car j’ai des crises ou je m’y remet et je compte bien m’y remettre pour de bon d’ici peu, mais pour l’heure j’aime le rendu de la musique que je produit, tout en étant pas encore satisfait… donc je pousse encore.

Pas de hobbies, j’aime faire mes affaires, déjà ça fait faire des économies et en plus j’aime apprendre dans le vif, donc ça m’occupe beaucoup : mécanique, couture, bricolage en tout genre, un vrai touche à tout et je suis du genre ou de l’époque ou : il y a toujours quelque chose à faire dans une maison, donc je suis toujours en train de nettoyer (maniaque? humm), ranger, repeindre, déplacer, visser, souder, et quand j’ai quelqu’un dans mon intimité, j’aime être là pour et avec, prendre soin d’elle : masser, coiffer, faire à manger etc etc…

Sinon une fois posé, un animé, des chips et une bière fraiche, je suis pas loin d’être le plus heureux des hommes…(rires)

Ses influences

Les influences musicales de TYRAN’T ont été fortement marquées par sa mère, qui écoutait une grande variété d’artistes tels que Mort Shuman, Mike Brant, et Lionel Richie. Il développe ensuite une passion pour la soul (Al Green, Commodores), le RnB (R. Kelly, Jagged Edge), et le rap (Busta Rhymes). Le blues, qu’il compare au gwoka pour son intensité émotionnelle, devient son genre préféré. Plus tard, il s’intéresse à la musique de sa propre culture, notamment le “boulagèl”.

TYRAN’T sélectionne soigneusement la musique qu’il écoute, en fonction des émotions que cela éveille en lui. Son intérêt pour le cinéma, inspiré par des figures comme Denzel Washington et Spike Lee, influencent aussi ses propres créations audiovisuelles. Enfin, il souligne que son parcours artistique est un mélange des passions musicales de sa mère et de l’esprit entrepreneurial de son père.

O Natirel ! Un premier titre au succès inattendu

Le titre a fait boom… Il a été super bien reçu.

Un classique depuis. O Natirel ! C’était mon premier. Je n’étais pas attendu, inconnu dans le monde de la musique, rien à prouver. J’y suis authentique, pure. Je ne cherchais rien, juste à exprimer, témoigner de mon amour pour un type de comportement, d’attitude, de beauté, chez une femme..

Dans ce titre, l’artiste dénonce l’obsession pour les standards superficiels imposés aux femmes et leur quête d’acceptation par l’apparence. Il prône l’authenticité, l’amour du corps naturel, et encourage à se détacher des artifices pour se concentrer sur la construction intérieure. Pour lui, la vraie beauté réside dans la simplicité, l’effort et l’évolution personnelle, loin des diktats de la société moderne et des médias.

O Natirel pour dire :

Laisse-moi t’aimer comme t’es, nu, en sueur, dans l’effort, au repos, simplement toi, regarde comme je te désire sans ces artifices! Si tes yeux ne voient pas ce que je vois, apprends de mon regard sur toi et comprends.

Guadeloupe chérie

TYRAN’T est un artiste profondément connecté à son île, la Guadeloupe. Sa musique ne se contente pas de puiser dans les traditions culturelles locales, elle est imprégnée par l’essence même de la vie guadeloupéenne. Bien qu’il n’ait pas grandi en parlant le créole, ce lien avec sa langue et son patrimoine s’est développé de façon organique au fil des ans. Les retours du public sont unanimes : en l’écoutant, on ressent la Guadeloupe. Cette force expressive reflète une fierté et une sensibilité instinctive pour son territoire et ses racines.

La Guadeloupe est-elle ta principale source d’inspiration ? Es-tu plutôt optimiste ou pessimiste quand il s’agit de ton île ?

La Guadeloupe m’imprègne…Je veux dire par là, que je ne peux pas prendre de recul sur le fait d’en être inspiré ou pas, car je crois que tout ce qui sort de moi est issu de là ou j’ai vécu 40 ans sans interruption… Ce n’est pas juste de l’inspiration donc, c’est carrément viscéral. “Lè ou pijé la, sé vou ka soti”; Il n’y a rien à faire et je ne veux rien y faire, c’est bien comme ça… Un des plus beaux compliments pour moi a été, que des “Moun vini” qui me disent : on ne comprend pas ce que vous dites, mais en vous écoutant et en vous regardant on voit et on ressent la Guadeloupe… Et ça fait écho encore plus quand des personnalités que je respecte de part leur travaux dans l’art, me le disent encore : Ou ni on jan ou ka palé épi chanté, sa ka fan sonjé on lépok..

Et j’en suis également surpris car je n’ai pas parlé créole jeune et ce n’est pas ce dans quoi j’ai été élevé et pourtant…rien y fait, C’est là en moi!

Concernant l’avenir! Fiouuu… Je ne suis ni pessimiste ni optimiste. Je fais ma part. Ça n’a jamais été facile ici en Guadeloupe, mais les choses prennent un sale sale tournant et le pire, c’est que c’est vendu comme étant le progrès.

Nous n’avons plus de famille, nos femmes sont actrices de la destruction de leurs foyers, les hommes sont fustigé, les enfants sont élevés par les réseaux dit sociaux!

Donc ce qui constitue le socle de la Guadeloupe, et de tout peuple fort, qui aurait des ambitions de développement culturel, économique et sociétal, est désagrégé à coup de loi facilitant le rejet de mœurs et de valeurs qui nous permettaient d’espérer nous construire.. Ce n’est pas que j’y crois pas…(tant qu’il y a vie, il y espoir) mais j’avoue que, c’est sale de chez sale en l’état.

Très cher père

Dans ce titre autobiographique, TYRAN’T partage une réflexion intime sur sa relation difficile avec son père. Il nous confiera que ce deuil émotionnel, bien que douloureux, devient une source de force pour façonner sa propre relation avec ses filles. En exprimant à la fois amour et pardon envers son père mais surtout envers lui-même, il choisit de transformer cette expérience en une quête pour offrir à ses enfants ce qu’il n’a pas reçu. Son parcours est ainsi un mélange de résilience, de gratitude et de réconciliation.

J’avoue fantasmer d’une certaine relation Père Fils dont je fais le deuil et j’en suis profondément atteint, je dois le reconnaître.

C’est compliqué de faire le tour en quelque ligne. Mais je veux qu’on retiennent ici : Pardon et Amour.

_ Je me pardonne de ne pas être le fils qu’il aurait voulu voir marcher selon ses attentes et son idée du bien,

_ Je lui pardonne de m’avoir tourné le dos,

_ Je l’aime et le vide laissé me semble parfois plus grand que moi même, cependant,

_ Je m’aime et me dois de créer ce que je n’ai pas reçu et ainsi espérer sortir grandi de cette expérience…

Son nouvel album — Le Dernier des Nègres

“Le Dernier des Nègres” est celui qui incarne le message. Il sait qui il est et ce qu’il a à faire.

L’accueil de son nouvel album a été très positif, avec des professionnels impressionnés dès la découverte du packaging. Il reconnaît cependant que son message, plus profond et engagé, peut être difficile à placer dans les médias mainstream, souvent focalisés sur des contenus plus commerciaux.

Avec ce que je promotionne comme méssage je sais que je suis difficile à caser entre “billet jaune- billet vert _billet violet, pussy tight, wap wap, gang gang etc…”

Malgré cela, certains médias le soutiennent, et le public qui découvre son écriture et sa voix lui renvoie un très bon retour. L’artiste est reconnaissant envers les plateformes qui lui offrent de la visibilité.

“Le Dernier des Nègres” se produira en live le 10 novembre 2024 à Marie Galante.

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Il est temps de s’aimer, de nous prendre en mains et plutôt que de l’exiger de l’autre, exigeons de nous cet amour

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